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Le Blog de jlduret

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Pensez juste ou pensez faux mais pensez par vous-même ! Depuis Socrate, le devoir du penseur n’est pas de répéter la doxa du moment mais de la questionner. Sans cette liberté d’exprimer opinions et pensées, point de démocratie.


Electricité : black-out en vue en janvier / février ?

Publié par jlduret sur 21 Novembre 2020, 08:58am

Catégories : #Black out électrique, #Panne électrique

Electricité : black-out en vue en janvier / février ?

 

À quoi joue « l’équilibriste » RTE-DGEC dont la chute entraînerait celle de l’activité économique de la France ?

Par Michel Gay et Jean Fluchère.

La production d’électricité doit toujours être égale à la consommation instantanée. Il suffit d’un déséquilibre de quelques secondes non compensé par le gestionnaire du système électrique, « l’équilibriste », pour que tout le système électrique s’effondre, tel un château de cartes.

Qui est « l’équilibriste » ?

Depuis la loi de février 2000, la responsabilité de la prévision de l’équilibre du système électrique français relève du ministère de la Transition écologique et solidaire, via la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) qui, elle-même, s’appuie sur les données prévisionnelles du gestionnaire du Réseau de transport de l’électricité (RTE) sans rien en changer.

Donc, la responsabilité de l’équilibre électrique en France incombe aujourd’hui en totalité au binôme RTE-DGEC, et non à EDF.

Si couper l’alimentation des sites industriels rémunérés (gain de 1500 MW), baisser la tension (gain jusqu’à 4000 MW) et déclencher des coupures localisées et tournantes, comme en Allemagne en juin 2019 ne suffisaient pas, alors le Centre National d’exploitation du système électrique (CNES), l’équilibriste en temps réel, provoquerait instantanément un black-out national, et peut-être même, par effet domino, un effondrement européen.

Toute la vie de la France s’arrêterait car tout dépend aujourd’hui de commandes électriques.

La dernière chute de l’équilibriste ayant entrainé un black-out en France a eu lieu le 19 décembre 1978. La remise en route de l’alimentation électrique (black-start) a duré une journée complète. Aujourd’hui, un black-start en France prendrait plus d’une journée et les conséquences seraient immenses.

Faire des prévisions…

Le binôme RTE-DGEC établit des projections de la consommation électrique sur plusieurs années afin de recommander au gouvernement de lancer les nouveaux moyens nécessaires pour assurer une production équilibrée. Ce bilan prévisionnel tient compte de ceux qui vont être retirés pour des raisons diverses, et de la durée entre la décision de construction et la mise en service.

L’entreprise EDF étant dorénavant un producteur parmi d’autres n’a plus de responsabilité dans ce domaine.

Toutefois, RTE ne peut faire des prévisions qu’avec les moyens dont la production est… prévisible, c’est-à-dire pilotable et disponible au moment voulu, comme les centrales thermiques (nucléaire et à flammes) et hydrauliques pour une partie seulement.

Les outils de production éoliens et photovoltaïques dépendants du vent et du soleil ne doivent pas être pris en compte en raison de leur imprévisibilité. Sauf, bien sûr, pour le solaire photovoltaïque qui, avec certitude, ne produit rien la nuit ni lors des pointes de consommation hivernales qui ont lieu entre 18 heures et 20 heures…

La prévision allemande

L’Allemagne compte uniquement (quasiment) sur les 80 gigawatts (GW) « pilotables » dont elle dispose toujours pour répondre à la pointe d’appel en puissance électrique de 82 GW.

Et ce parc essentiellement thermique (fissile et fossile) n’a pas diminué depuis 10 ans, malgré le développement de son parc éolien et photovoltaïque « aléatoirement variable » de 114 GW supplémentaires dont elle estime que seulement un résidu éolien égal à 1 % de la puissance installée est sûr le soir lors de la pointe de consommation.

Et les relevés de ces dernières années en hiver leur donnent raison !

La puissance totale installée de l’Allemagne est même de 221 GW. Ce chiffre inclut 9 GW de centrales en réserve stratégique, normalement hors marché, qui pourraient être mises en service en cas de besoin.

Toutefois, en France, au motif que pendant 90 % du temps, la puissance éolienne en France est au moins égale à 10 %, RTE retient dans ses prévisions une puissance de 10 % minimum !

Cette surprenante « niaiserie statistique » ignore les creux de production éolien à moins de 1 % de la puissance installée se produisant notamment lors des périodes anticycloniques qui sont des périodes froides de fortes consommations.

Une injonction de sûreté non respectée ?

En outre, les autorités responsables de la sûreté interdisent de justifier un fonctionnement dégradé de la sûreté nucléaire en invoquant un cas de défaut générique sur plusieurs réacteurs du parc pour maintenir de l’équilibre production-consommation.

Or, cette année, l’incident générique se nomme Covid-19 qui, en raison des contraintes sanitaires pour la protection des salariés, a allongé les durées de révision du parc nucléaire.

Malgré des efforts remarquables, EDF a atteint 45 GW de puissance nucléaire au 15 novembre 2020 et atteindra probablement 50 GW début décembre 2020, sur les 61 GW de puissance nucléaire installée.

RTE semble n’avoir jamais tenu compte de cette injonction de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) dans ses bilans prévisionnels.

Et la DGEC, dont s’est aussi le rôle, n’a jamais relevé ce point fondamental alors qu’elle entérine les bilans prévisionnels proposés par RTE.

De plus, depuis 5 ans RTE surestime la disponibilité du parc de production et sous-estime la consommation. Ses bilans prévisionnels s’appuient sur les données fournies par l’ADEME, reproduisant elle-même celles de l’association antinucléaire Négawatt.

Résultat : ses bilans prévisionnels (confirmés par la DGEC) font apparaître des excédents de moyens de production et EDF a donc proposé d’arrêter définitivement les centrales thermiques qui devenaient inutiles.

RTE n’a pas demandé à la DGEC de conserver en secours une plus grande partie du parc thermique à flammes (quitte à la mettre dans les réserves de capacité), ni de reporter la décision d’arrêt de Fessenheim.

La pointe de consommation en France a atteint 102 GW en février 2012. RTE a pu faire face alors avec un parc thermique à flammes plus important qu’aujourd’hui, et une disponibilité de 100 % du parc électronucléaire. Seul 1 GW a dû être importé d’Allemagne.

Ça passe ou ça casse…

Pour éviter le black-out généralisé, RTE peut enclencher des délestages tournants plongeant dans le noir des grandes métropoles qui représentent une partie significative de la consommation.

Dans le cas où 10 réacteurs nucléaires seraient arrêtés pour défaut générique avec une disponibilité de la totalité du parc de production pilotable de 95 %, il resterait 76 GW disponibles.

(Nucléaire : 50 GW, Thermique : 15 GW, Hydraulique à la pointe : 15 GW, soit 80 GW x 0,95 = 76 GW).

Pour équilibrer le maximum de consommation atteint en janvier 2020 (88 GW),  il manque 12 GW…

Et pour celui atteint en février 2012 (102 GW), il manque 26 GW !…

La puissance disponible des interconnexions vers la France est de 14 GW… à condition que les pays voisins puissent fournir l’électricité manquante.

En effet :

1) selon le bilan prévisionnel de l’Allemagne pour l’hiver 2020/2021, la réserve pour l´exportation éventuelle vers la France lors de la pointe de consommation en Allemagne sera de seulement 2,6 GW en janvier 2021 dans l´hypothèse d´une simultanéité d’événements.

À partir de 2022, après l’arrêt de 4 GW de nucléaire et de 6 GW de charbon prévus en 2021, les marges restantes seront même négatives… L’Allemagne devra elle aussi intégrer l’importation d’autres pays (dont la France…) pour garantir l’équilibre offre-demande d’électricité.

Il reste à espérer que RTE connait ce bilan prévisionnel de l’Allemagne, et que la pointe de consommation en France ne tombera pas au même moment qu’en Allemagne qui dépense pourtant chaque année des dizaines de milliards d’euros pour subventionner ses énergies renouvelables intermittentes.

De part et d’autre du Rhin, les mêmes grosses ficelles tentent de masquer les sommes gigantesques ponctionnées sur le dos des citoyens. La France a plafonné la CSPE et l’Allemagne son équivalent « EEG-Umlage », mais chacun a ajouté des ponctions sur une ligne budgétaire de l’État. Pour la France, il s’agit du programme 345 « Service public de l’énergie »

2) L’Italie, l’Angleterre et la Suisse sont structurellement déficitaires en hiver, tandis que la Belgique  équilibre à peine sa consommation avec les arrêts actuels des centrales nucléaires Doel 1 et 2.

Restent les interconnexions avec l’Espagne et l’Allemagne qui permettraient d’importer 5 GW.

Il faudrait donc procéder à des délestages au-dessus des possibilités de délestages des industriels qui sont au maximum de 2 GW.

De plus, et pour les connaisseurs, certaines interconnexions en courant continu (avec les Anglais par exemple) ne participent pas à la synchronisation en fréquence du réseau Européen (UCTE).

Équilibriste sur la corde raide sans marge !

Alors que la puissance appelée n’était pourtant que de 88 GW en janvier 2020, et malgré le délestage de grands clients, RTE avait alors signalé que sa marge n’était plus que de 1 GW (soit un seul réacteur nucléaire).

Il n’y a donc plus aucune marge en puissance mobilisable.

RTE confirme que : « l’hiver 2020-2021 reste placé sous vigilance particulière, principalement à cause de la crise sanitaire. […] En cas de vague de froid, principalement en janvier et, surtout en février, des difficultés pourraient survenir ». 

L’électricité est devenue le système sanguin d’une économie moderne. C’est un bien commun vital. Sans elle, même pendant quelques secondes, ou avec des productions erratiques, ce serait le chaos en France.

À quoi joue « l’équilibriste » RTE-DGEC dont la chute entraînerait celle de l’activité économique de la France ?

Par Michel Gay 

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