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Le Blog de jlduret

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Pensez juste ou pensez faux mais pensez par vous-même ! Depuis Socrate, le devoir du penseur n’est pas de répéter la doxa du moment mais de la questionner. Sans cette liberté d’exprimer opinions et pensées, point de démocratie.


Les Français, le Climat et l’environnement

Publié par jlduret sur 28 Septembre 2019, 11:00am

Catégories : #Climat

Les Français, le Climat et l’environnement
 

Voici mes réponses aux question  d'Atlantico : 

1) Selon un sondage Ispos-Sopra Steria, la protection de l’environnement est la préoccupation première des Français. Le président Emmanuel Macron regrettait cependant que les discours ne soient pas remplacés par des actions concrètes de la part des citoyens. Comment expliquez-vous cette déconnexion ?

Que les Français placent la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique en tête de leurs préoccupations n’est guère étonnant compte tenu de l’intensité du matraquage médiatique qu’ils subissent sur le sujet, notamment depuis la COP21 qui s’est tenue à Paris en décembre 2015.

Dans son livre Factfulness (2018), Hans Rosling rapporte que sa fondation Gapminder a soumis un ensemble de 12 questions sur l’état socio-économique et démographique du monde actuel à 12 000 personnes de toutes conditions réparties dans 14 pays riches. Une 13ème question concernait le climat : « Si l’on en croit les experts, la température moyenne sera-t-elle plus chaude, inchangée ou moins chaude au cours des 100 prochaines années ? »

Eh bien, les résultats montrent que les personnes interrogées ignorent à peu près tout des données socio-économiques du monde dans lequel elles vivent (le résultat moyen aux 12 premières questions fut de 2/12), mais qu’elles sont 86 % à savoir que selon les experts le climat se réchauffe !

Si M. Macron déplore maintenant que les citoyens ne prennent pas les choses en main eux-mêmes, il ne peut que s’en prendre au niveau élevé d’étatisation de la France contre lequel il a clairement renoncé à toute action. Quand on est le pays champion du monde des prélèvements obligatoires (46 % par rapport au PIB) et des dépenses publiques (56 %), les possibilités de choix et d’initiatives individuelles des citoyens sont forcément restreintes et le recours à l’Etat pour parer à tout devient un mode de vie – délétère et très déresponsabilisant, mais un mode de vie.

Précisons cependant que les entreprises ne sont pas restées les bras ballants devant la demande des consommateurs d’avoir accès à des produits compatibles avec la protection de l’environnement. Les modes de production et les produits ont évolué ; il suffit de voir les énormes progrès réalisés dans l’industrie automobile par exemple.

Je pense que la remarque d’Emmanuel Macron, dont on sait que l’intérêt pour l’écologie est récent, traduit surtout son agacement face aux mises en demeure pour « inaction climatique » dont l’Etat devient de plus en plus souvent l’objet. Le maire écologiste de Grande-Synthe Damien Carême a lancé la mode, des célébrités telles que Marion Cotillard ou Juliette Binoche ont suivi avec « l’affaire du siècle ».

2) Des penseurs comme Christopher Caldwell critiquent l’appropriation de la question environnementale par des influenceurs comme Greta Thunberg. Dans quelle mesure la conscience des problèmes environnementaux est contrebalancée dans l’opinion par la crainte de voir émerger des solutions antidémocratiques ?

Le discours environnemental a effectivement été préempté par les écologistes les plus radicaux dans une tentative de poursuivre le combat anticapitaliste sous les couleurs de l’écologie après l’échec retentissant du socialisme réel. D’où l’émergence du concept de « Capitalocène » qui caractérise la nouvelle « ère géologique » – guillemets car en géologie cela n’existe pas – dans laquelle la Terre serait entrée depuis l’invention de la machine à vapeur par James Watt en 1769 en raison de l’impact global « destructeur » du capitalisme sur l’écosystème.

La technique (d’Aurélien Barrau, de Fred Vargas, de Greta Thunberg, etc…) consiste à distiller la peur face à une fin du monde qui nous attendrait au tournant. On ne peut plus attendre, il y a urgence, nous disent-ils, et il faut mettre les bouchées doubles.

C’est ainsi qu’on en arrive aux propositions absolument hallucinantes d’un think tank comme Novethic (qui dépend de la Caisse des Dépôts et Consignations) : interdiction de la vente de véhicules neufs pour un usage particulier, constructions neuves exclusivement en habitat collectif avec une surface maximum de 30 m2 par habitant, vols hors Europe non justifiés interdits à partir de 2020, vêtements neufs limités à 1kg par personne et par an, etc. !

Ces propositions, comme les propos hyper-alarmistes qui les accompagnent, suintent l’autoritarisme dans des proportions telles que même les experts du GIEC commencent à s’en inquiéter. Jean Jouzel par exemple, dans Le Point. Et si une telle outrance, au lieu de renforcer la prise de conscience de l’opinion publique, finissait par nuire à « la cause » ?

Mais pour l’instant, je n’ai malheureusement pas le sentiment que les gens réalisent à quel point on les entraîne dans des solutions antidémocratiques. La petite phrase « Et c’est bon pour la planète » est pratiquement devenue le lieu commun obligé de toute conversation entre gens de bonne compagnie !

3) Certaines mesures pour l’environnement, comme les taxes Diesel, peuvent conduire à des contraintes économiques. Que pèse la conscience des problèmes environnementaux face à la crainte de voir baisser son niveau de vie ?  

L’évolution des revendications des Gilets jaunes nous donnent un bon aperçu de l’attente des Français. Le mouvement a démarré en raison des taxes supplémentaires que le gouvernement comptait imposer sur les carburants.

Puis peu à peu, on a vu la demande pour des baisses d’impôt se transformer en une demande d’impôts accrus pour « les autres », les riches, en l’occurrence, avec la revendication du retour de l’ISF. Dans les cortèges des Gilets jaunes du week-end dernier, on voyait des pancartes « Fin du monde, fin du mois, mêmes coupables, même combat. »

Autrement dit, beaucoup de Français ont une très haute conscience environnementale, mais comptent sur « les autres » pour en assumer le financement via l’impôt.

4) Pensez-vous que les français aient peur des conséquences d’une modification de leur système de consommation ?

Je ne sais pas s’ils ont peur mais je constate chaque jour dans la presse qu’à force d’entendre les discours alarmistes de Greta Thunberg, les jeunes générations sont de plus en plus enclines à renoncer à consommer de la viande et que beaucoup de jeunes déclarent ne pas vouloir avoir d’enfants pour sauver la planète.

Certains tombent même dans la déprime climatique ou « solastalgie », sorte de détresse psychique causée par les changements environnementaux. Il est désespérant de voir que l’air du temps est en train de créer une sorte de renoncement existentiel de l’Occident.

5) Le débat public ne gagnerait-il pas à voir ces contraintes évoquées plus fréquemment ? Elles paraissent tout à fait rationnelles…

Je crois que la première rationalité consisterait à admettre que la science du climat est non seulement encore jeune mais extrêmement complexe. Se lancer comme on le fait dans des politiques coûteuses et à l’évidence privatrices de liberté sur des bases encore fragiles ne me semble pas raisonnable. D’autant qu’en matière d’environnement, on peut penser à d’autres solutions que les taxes et les contraintes.

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