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Le Blog de jlduret

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Pensez juste ou pensez faux mais pensez par vous-même ! Depuis Socrate, le devoir du penseur n’est pas de répéter la doxa du moment mais de la questionner. Sans cette liberté d’exprimer opinions et pensées, point de démocratie.


Comment 15 000 "scientifiques" manipulés nous manipulent

Publié par Rémy Prud'homme sur 22 Novembre 2017, 08:30am

Catégories : #15000 Scientifiques, #Décroissance

Comment 15 000 "scientifiques" manipulés nous manipulent
 

Une analyse des signataires de l’appel des scientifiques pour sauver la planète dont il a déjà été question ici-même.

par Rémy Prud’homme.

15 600 scientifiques nous disent, une fois de plus, que tout va mal, de plus en plus mal, sur la planète.

C’est la science qui parle : Il faut immédiatement mettre un terme au capitalisme et à la croissance et faire marche arrière.

Le hasard fait bien les choses : leur manifeste est publié moment précis où la COP 23 se réunit ; ce qui n’a hélas pas empêché la COP d’être un échec complet. Tous les médias ont largement fait écho à ce cri d’alarme, sans même chercher à savoir qui étaient ces scientifiques désintéressés, et ce qu’ils disent.

Le texte émane de l’Union of Concerned Scientists.

Le nom de cette association se traduit par Union des Scientifiques Engagés, plutôt que « concernés ». Elle est bien plus engagée que scientifique. Elle est née aux Etats-Unis, au prestigieux MIT, pour protester contre la guerre du Vietnam, un souci certes légitime mais, on en conviendra, assez peu scientifique.

Elle s’est ensuite réorientée dans la protestation contre l’armement nucléaire (occidental, pas soviétique bien entendu).

Et elle se spécialise maintenant dans l’alarmisme environnemental. Elle est à cet effet généreusement financée par toutes sortes de dons et de fondations. Elle est un lobby comme un autre, qui a la particularité d’être enveloppé dans le manteau de la science.

Sept auteurs

Un manteau un peu usé, pour ne pas dire troué. L’appel de novembre 2017 est un bref texte de trois ou quatre pages (assez peu pour un article « scientifique » sur un sujet aussi vaste) publié dans une revue amie, Bioscience, qui se prête à l’opération. Le texte s’appuie sur seulement quatre références (pas beaucoup pour un article « scientifique »).

Le principal auteur (il y en a sept ; ça c’est scientifique) est professeur à l’Oregon State University, dont la réputation et l’autorité scientifique n’est pas exactement celle du MIT.

Le moins que l’on puisse dire du contenu de l’article est qu’il est quelque peu orienté. On en donnera un exemple. L’un des thèmes concerne les forêts qui, selon les auteurs, fondraient comme neige au soleil. Pour le démontrer, l’article présente le graphique suivant. Le haut de la courbe correspond à l’année 1992, le bas à l’année 2016.

TotalForest

Regardez bien l'échelle !

Le lecteur ne peut manquer d’être impressionné par le déclin vertigineux de la couverture forestière de la planète. En réalité, la surface des forêts a diminué de 2,5% pendant ces 24 années, moins de 0,1% par an.

On peut penser que c’est beaucoup trop. Mais cacher une réalité modeste derrière une image dramatique n’est pas très « scientifique ».

Comment passe-t-on de 7 à 15 600 scientifiques ?

On invite les lecteurs qui le souhaitent à cliquer sur un lien internet. Ceux qui cliquent ont-ils lu l’article ? Sont-ils vraiment scientifiques ? Cliquent-ils une seule fois ? Aucune vérification n’est possible. Toujours pas très « scientifique », même s’il y a des statisticiens (plus engagés que statisticiens sans doute) parmi eux.

Tout ce que l’on peut chercher à savoir, c’est ce que disent les signataire sur ce qu’ils sont.

On a examiné 197 signatures choisies aléatoirement. On peut les classer en quatre groupes.

1) 30% sont de vrais scientifiques, des universitaires, dont la moitié sont des professeurs et l’autre moitié de futurs professeurs (des professeurs assistants ou des lecturers). La plupart sont des professeurs de science, mais on trouve également des professeurs de linguistique, ou d’éthique, dont la compétence dans le domaine n’est pas évidente.

2) 29% travaillent dans des institutions de recherche non universitaires. La plupart sont sans doute de vrais scientifiques, dont on ne peut malheureusement pas bien apprécier le niveau. Mais nombreux aussi sont ceux qui y occupent des postes administratifs ou techniques ; on y trouve par exemple un employé d’un zoo ou d’un aquarium ; leur qualité de scientifique est encore plus difficile à apprécier.

3) 18% ne donnent aucune précision sur le statut. On trouve, par exemple : entomologiste, Allemagne, ou encore : architecte, Brésil, ou : écologie routière, Etats-Unis. Beaucoup d’entre eux ne méritent sans doute guère le qualificatif de scientifiques.

4) Enfin, 23% sont des étudiants en master ou en doctorat, ou en post-doc, qui sont davantage des scientifiques en devenir que des scientifiques. Au total, les véritables scientifiques, ayant publié un nombre raisonnable d’articles dans des revues internationales (faut-il compter Bioscience dans cette catégorie ?) ne sont à peu près sûrement pas majoritaires parmi les signataires. Ils ne constituent qu’une toute petite fraction des scientifiques du domaine.

Quelques minutes de réflexion suffisent pour montrer que tout cela nous éloigne beaucoup des pratiques scientifiques les plus élémentaires. De toutes façons, l’idée même de déterminer ou de renforcer la vérité par le vote plutôt que par l’argumentation est une idée parfaitement anti-scientifique.

N’en déplaise à l’unanimité des médias, nous sommes ici davantage en présence d’une opération de lobbyistes que de savants.

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